Une malfaçon se règle par écrit, dans un ordre précis, et presque jamais au téléphone. Signalement daté, mise en demeure recommandée avec un délai, puis médiation de la consommation — gratuite, et à laquelle le professionnel est tenu d’adhérer. Le tribunal arrive après, et pour les litiges inférieurs à 5 000 €, une tentative de règlement amiable est même obligatoire avant de saisir le juge. En cas d’abandon de chantier, la mise en demeure est ce qui permet ensuite de résilier le contrat aux torts de l’entreprise et de faire terminer ailleurs.
Un chantier qui dérape suit toujours le même scénario : quelques semaines de retard qu’on excuse, une reprise promise qui ne vient pas, puis le silence. Pendant ce temps, le solde est souvent déjà versé et la seule pièce du dossier est un échange de messages. Pour aller plus loin, réclamer des pénalités de retard à l’artisan détaille le calcul et les preuves à garder avant d’en arriver là.
Ce qui suit est la marche à suivre, dans l’ordre où elle produit des effets. Chaque étape sert à la suivante : sauter la première rend la troisième beaucoup plus difficile.
Malfaçon, désordre, non-conformité : de quoi parle-t-on
Les trois mots ne recouvrent pas la même chose, et la distinction commande la suite.
- La malfaçon est un défaut d’exécution : travail non conforme aux règles de l’art, finitions bâclées, pose défectueuse. Elle se constate à l’œil, parfois sans compétence technique.
- La non-conformité est un écart avec ce qui était prévu au devis : un autre modèle, une autre dimension, un poste non réalisé. Elle se démontre avec le devis à la main, et c’est la plus simple à établir.
- Le désordre est la conséquence : fissure, infiltration, décollement, panne. Il apparaît souvent des mois après, et c’est lui qui déclenche les garanties.
| Qualification | Ce qui la caractérise | Ce qu’il faut pour l’établir |
|---|---|---|
| Malfaçon | Défaut d’exécution, travail non conforme aux règles de l’art | Photos, et souvent un constat |
| Non-conformité | Écart avec ce qui était prévu au devis | Le devis signé, et rien d’autre |
| Désordre | Conséquence apparue après coup : fissure, infiltration, panne | Date d’apparition, photos datées, procès-verbal de réception |
La différence est pratique, pas théorique. Une non-conformité se règle avec le devis et une lettre — encore faut-il que l’entreprise ait été correctement choisie au départ, ce que notre méthode pour vérifier un artisan permet de faire en un quart d’heure. Une malfaçon suppose souvent un constat. Un désordre structurel relève des garanties après travaux et de l’assureur, pas de l’entreprise seule.
Cinq étapes : dans quel ordre agir
Aucune n’est facultative si vous voulez que la suivante fonctionne. Et aucune ne suppose un avocat avant la dernière.

- Le signalement écrit. Un courriel daté, avec photos, décrivant précisément le défaut. Il crée la trace et la date. Ne signalez jamais par téléphone seul.
- La mise en demeure. Lettre recommandée avec accusé de réception, rappelant le devis, listant les défauts, fixant un délai d’exécution — quinze jours pour répondre, un mois pour intervenir est raisonnable. Sans délai précis, ce n’est pas une mise en demeure.
- Le constat. Établi par un commissaire de justice, il est opposable et daté. Coûteux mais bien moins qu’une expertise judiciaire, il fait souvent basculer la discussion à lui seul.
- La médiation de la consommation. Gratuite pour le client. Tout professionnel est tenu d’adhérer à un dispositif de médiation et d’en communiquer les coordonnées — sur son site, ses devis ou ses conditions générales. S’il ne les donne pas, réclamez-les par écrit : le refus est lui-même un manquement.
- Le tribunal judiciaire. En référé pour obtenir une expertise ou des mesures urgentes, au fond pour la réparation du préjudice.
Pour les litiges portant sur une somme n’excédant pas 5 000 €, une tentative de règlement amiable — conciliation, médiation ou procédure participative — est obligatoire avant de saisir le juge, à peine d’irrecevabilité. Autrement dit, l’étape 4 n’est pas une politesse : c’est un passage obligé sur la plupart des litiges de rénovation.
Où en êtes-vous ?
Sélectionnez ce que vous avez déjà fait : l’outil indique le geste suivant et ce qu’il produit.
Un courriel daté avec photos crée la trace et fait courir les délais. Sans écrit, rien de ce qui suit n’est utilisable.
Conservez chaque accusé de réception : c’est la chronologie du dossier qui emporte la décision, plus que la gravité du défaut lui-même.
Quand parle-t-on d’abandon de chantier ?
Il ne se définit pas par une durée légale mais par une absence prolongée et injustifiée, alors que le chantier n’est pas terminé. Deux semaines sans nouvelles en plein mois d’août ne sont pas un abandon ; deux mois de silence après une relance écrite, si. Un chantier qui n’a jamais commencé relève d’une autre logique : voyez comment récupérer un acompte encaissé pour des travaux non réalisés.

La séquence est stricte, et elle repose entièrement sur la mise en demeure.
- Mettre en demeure de reprendre les travaux, par lettre recommandée, avec un délai précis et la mention que le contrat sera résilié à défaut.
- Constater l’état d’avancement avant toute intervention d’un tiers. Photos, et idéalement constat : c’est ce qui permettra de chiffrer ce qui a été payé et ce qui a été fait.
- Résilier le contrat aux torts de l’entreprise, par notification écrite, une fois le délai expiré sans reprise.
- Faire terminer par une autre entreprise, en conservant devis et factures : le surcoût est ce que vous réclamerez.
L’ordre compte. Faire intervenir une autre entreprise avant d’avoir résilié fragilise la demande : l’entreprise défaillante soutiendra qu’elle a été empêchée de terminer, et la discussion se déplace sur ce terrain.
Ce que doit contenir la mise en demeure
C’est la pièce qui fait tout basculer, et elle se rédige sans modèle juridique. Six éléments suffisent, et leur absence est ce qui rend la plupart des courriers inefficaces.
- L’intitulé. Écrivez « mise en demeure » en objet. Un courrier qui ne se nomme pas ainsi sera présenté plus tard comme une simple relance.
- Les références du contrat. Numéro et date du devis, date de signature, montant, date de démarrage prévue.
- La liste des manquements. Précise, poste par poste, en reprenant les termes du devis. « Le carrelage est mal posé » vaut moins que « les joints de la pièce 2 présentent des écarts de 3 à 8 mm, contrairement à la ligne 4 du devis ».
- Un délai chiffré. Quinze jours pour répondre, un mois pour intervenir. Sans délai, il n’y a pas de mise en demeure et donc pas de point de départ.
- La conséquence annoncée. Résiliation du contrat aux torts de l’entreprise, recours à un tiers aux frais de celle-ci, saisine du médiateur. Annoncer la suite est ce qui donne son poids au courrier.
- L’envoi recommandé avec accusé de réception. Doublé d’un courriel le même jour, pour que la date soit incontestable même si le recommandé n’est pas retiré.
Restez factuel et poli. Un courrier agressif se retourne systématiquement contre son auteur devant un médiateur, et il ne fait pas revenir une entreprise plus vite. Ce qui la fait revenir, c’est de comprendre que le dossier est tenu : dates, pièces, conséquence annoncée.
Gardez une copie de tout, y compris de l’avis de passage si le recommandé n’est pas retiré. Un pli non réclamé produit ses effets dès lors qu’il a été régulièrement présenté à la dernière adresse connue — ne pas aller le chercher n’est pas une stratégie gagnante pour l’entreprise.
Si l’entreprise a disparu
C’est la situation la plus décourageante, et pourtant celle où les garanties servent le plus.
En liquidation judiciaire, il faut déclarer sa créance auprès du mandataire liquidateur, dans le délai qui court à compter de la publication du jugement. C’est une formalité écrite, sans avocat, et son absence fait perdre tout espoir de récupération.
Pour les désordres relevant de la décennale, la disparition de l’entreprise ne change rien : c’est l’assureur qui reste tenu. Encore faut-il disposer de l’attestation, avec le nom de l’assureur et le numéro de contrat — ce sont des mentions obligatoires du devis et de la facture, et c’est la meilleure raison de les conserver.
Si vous avez souscrit une assurance dommages-ouvrage, c’est elle qu’il faut déclarer en premier : elle préfinance sans attendre qu’on ait trouvé un responsable.
Un réflexe qui coûte cinq minutes : vérifier si votre contrat multirisque habitation comporte une protection juridique. Elle prend souvent en charge les frais de constat, de médiation et d’avocat, dans des plafonds qui suffisent largement à un litige de rénovation.
Rassembler les preuves qui comptent
Ce qui emporte un dossier n’est presque jamais la gravité du défaut. C’est la chronologie, et elle se construit au fur et à mesure.
- Le devis signé, avec son décompte détaillé. C’est la référence contre laquelle se mesure toute non-conformité — d’où l’importance de ce qui figure dans les mentions obligatoires du devis.
- Les photos datées, avant, pendant et après. Sur un désordre évolutif, à intervalles réguliers.
- Les écrits : courriels, messages, accusés de réception. Reprenez toujours par écrit ce qui a été convenu au téléphone, même brièvement.
- Les preuves de paiement, et le procès-verbal de réception s’il existe.
Ce qui ne compte pas, ou très peu : les avis en ligne, les témoignages de voisins, et le fait que l’artisan « ait été recommandé ». C’est vrai aussi des litiges de dépannage en urgence, où seule la chronologie écrite pèse. Un dossier se juge sur pièces.
Que faire en cas de malfaçon ?
Signaler par écrit avec photos, puis mettre en demeure par lettre recommandée en fixant un délai précis. Si rien ne vient, faire établir un constat, puis saisir le médiateur de la consommation dont dépend l’entreprise. Le tribunal n’intervient qu’ensuite.
À partir de quand parle-t-on d’abandon de chantier ?
Il n’y a pas de durée légale. C’est une absence prolongée et injustifiée alors que le chantier n’est pas achevé. La mise en demeure de reprendre, restée sans effet, est ce qui permet de le caractériser.
La médiation est-elle obligatoire ?
Le professionnel est tenu d’adhérer à un dispositif de médiation et d’en communiquer les coordonnées. Et pour un litige portant sur une somme n’excédant pas 5 000 €, une tentative de règlement amiable est obligatoire avant de saisir le juge, sous peine d’irrecevabilité.
Peut-on faire terminer le chantier par une autre entreprise ?
Oui, mais après avoir mis en demeure puis résilié le contrat aux torts de l’entreprise défaillante, et après avoir fait constater l’état d’avancement. Intervenir avant fragilise la demande de remboursement du surcoût.
L’entreprise a été liquidée, que faire ?
Déclarer sa créance auprès du mandataire liquidateur dans le délai qui suit la publication du jugement. Pour les désordres relevant de la décennale, c’est l’assureur qui reste tenu : l’attestation, le nom de l’assureur et le numéro de contrat suffisent à le saisir.
Combien coûte un constat ?
Il se chiffre en quelques centaines d’euros, très en deçà d’une expertise judiciaire. Vérifiez d’abord votre assurance habitation : la protection juridique en prend souvent une partie en charge, ainsi que les frais de médiation.
Ce qu’il faut retenir
Écrivez dès le premier doute, même si le ton reste cordial. Un courriel daté ne ferme aucune porte et ouvre toutes les suivantes. Un appel téléphonique, aussi ferme soit-il, n’existe pas dans un dossier.
Et gardez le devis, les photos et les accusés de réception au même endroit. Sur ce type de litige, le client qui gagne n’est pas celui qui a le plus raison : c’est celui qui peut le prouver dans l’ordre.
Légifrance — article 750-1 du code de procédure civile, tentative de règlement amiable préalable, consulté le 14 septembre 2026.
