Construire sans assurance décennale est un délit : six mois d’emprisonnement et 75 000 € d’amende. Mais une plainte pénale sanctionne l’artisan, elle ne répare pas votre maison. Pour être indemnisé, c’est une action civile qu’il faut engager, en parallèle. Et le seul vrai remède reste le contrôle de l’attestation avant la signature du devis.
Le scénario se répète : les travaux sont finis depuis deux ans, une fissure traverse la dalle, et l’assureur qu’on appelle répond que l’entreprise n’a jamais été cliente chez lui. L’artisan, lui, ne répond plus. À ce stade, deux chemins s’ouvrent, et les confondre fait perdre des mois.
Deux procédures, deux objectifs différents
C’est la distinction que la plupart des pages sur le sujet escamotent, et c’est pourtant la première chose à comprendre.
| Plainte pénale | Action civile | |
|---|---|---|
| Ce qu’elle vise | Sanctionner le défaut d’assurance | Faire réparer le dommage |
| Qui décide | Le procureur de la République | Le tribunal judiciaire |
| Résultat possible | Amende, emprisonnement | Condamnation à payer les travaux de reprise |
| Vous touchez de l’argent | Non, sauf constitution de partie civile | Oui, si l’artisan est solvable |
| Délai | Prescription de six ans pour un délit | Dix ans après réception pour la décennale |
Autrement dit : la plainte est un acte de sanction, pas de réparation. Elle a son utilité — elle pèse dans la négociation, elle laisse une trace, elle peut déclencher une enquête qui découvre d’autres chantiers dans le même cas — mais elle ne refait pas la dalle.
Ce que dit exactement la loi
Trois articles suffisent à cadrer le sujet.
L’article L241-1 du Code des assurances impose à tout constructeur d’être couvert par une assurance de responsabilité décennale avant l’ouverture du chantier. L’article L243-2 va plus loin : celui qui y est soumis doit justifier qu’il a satisfait à l’obligation, et l’attestation doit accompagner les devis et les factures. C’est ce second article qui fonde votre droit d’exiger le document, noir sur blanc, avant de signer.
Et l’article L243-3 fixe la sanction : six mois d’emprisonnement et 75 000 € d’amende, ou l’une de ces deux peines seulement. Une exception à connaître : le texte ne s’applique pas à la personne physique qui construit un logement pour elle-même, son conjoint, ses ascendants ou ses descendants. Le particulier qui bâtit sa propre maison n’est donc pas visé par cette incrimination.
Un artisan peut être parfaitement assuré et avoir bâclé le chantier ; il peut aussi avoir bien travaillé sans être assuré. Le délit tient au défaut d’assurance lui-même, indépendamment de la qualité des travaux. Les deux se poursuivent séparément.
Prouver le défaut d’assurance
Vous n’avez pas à démontrer grand-chose, mais il faut constituer le dossier avec méthode.
- Le devis et la facture : s’ils ne portent aucune mention d’assurance, c’est déjà un manquement à l’article L243-2.
- L’attestation, si elle vous a été remise : vérifiez la période de validité et les activités couvertes. Une attestation valable pour de la peinture ne couvre pas du gros œuvre.
- La réponse de l’assureur : appelez la compagnie mentionnée et demandez confirmation écrite que le contrat existait à la date d’ouverture du chantier. Les attestations falsifiées circulent, et c’est ce courrier qui les révèle.
- Les échanges avec l’entreprise : mails, SMS, lettre recommandée restée sans réponse.
Nos cinq contrôles pour vérifier un artisan à Marseille détaillent la manière de remonter jusqu’à l’assureur et de contrôler l’immatriculation de l’entreprise.
Déposer plainte, étape par étape
- Mise en demeure préalable. Une lettre recommandée avec accusé de réception demandant la communication de l’attestation sous quinze jours. Sans réponse, elle devient une pièce du dossier.
- Rédaction de la plainte. Elle expose les faits, les dates, le montant des travaux, et vise expressément l’article L243-3 du Code des assurances. Joignez les copies, jamais les originaux.
- Dépôt. Au commissariat ou à la gendarmerie, qui ne peuvent pas refuser de l’enregistrer, ou directement par courrier au procureur de la République près le tribunal judiciaire du lieu de l’infraction.
- Suite donnée. Le procureur décide seul des poursuites. En cas de classement sans suite, il reste la plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d’instruction, qui suppose une consignation.
Sur le papier, le dépôt prend vingt minutes. En pratique, comptez plusieurs mois avant de savoir si des poursuites sont engagées — d’où l’intérêt de ne pas attendre ce résultat pour lancer la procédure civile.
Obtenir réparation : l’action civile
La garantie décennale des articles 1792 et suivants du Code civil couvre, pendant dix ans à compter de la réception des travaux, les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Cette garantie pèse sur le constructeur, qu’il soit assuré ou non. L’absence d’assurance ne l’exonère de rien : elle vous prive seulement d’un assureur solvable en face.
La procédure passe le plus souvent par une expertise, judiciaire ou amiable, qui chiffre les désordres et établit le lien avec les travaux. C’est la pièce maîtresse : sans elle, le tribunal n’a rien à évaluer. Le détail de ce que couvre chaque garantie est développé dans notre article sur la décennale, la biennale et le parfait achèvement.
Une réalité qu’il vaut mieux connaître d’avance : une condamnation ne vaut que ce que vaut le patrimoine du condamné. Beaucoup d’entreprises non assurées sont aussi des entreprises fragiles, et certaines disparaissent en cours de procédure. C’est la raison pour laquelle le contrôle en amont n’est pas une formalité administrative.
Si vous avez une assurance dommages-ouvrage
C’est le point que presque aucune page sur le défaut de décennale n’aborde, et il change tout pour celui qui l’a souscrite. L’assurance dommages-ouvrage est celle du maître d’ouvrage — vous — et non celle de l’entreprise. Elle est obligatoire pour qui fait construire ou réaliser des travaux de gros œuvre, même en tant que particulier.
Son intérêt tient en un mot : le préfinancement. Elle paie les travaux de reprise sans attendre qu’un tribunal ait désigné un responsable, puis se retourne elle-même contre le constructeur et son assureur. Face à un artisan non assuré, c’est souvent la seule voie qui aboutit dans un délai supportable : votre assureur avance les fonds, et c’est lui qui hérite du contentieux et du risque d’insolvabilité.
La déclaration se fait par lettre recommandée dès la découverte du désordre, en décrivant précisément les dommages. L’assureur doit ensuite se prononcer dans des délais encadrés et, s’il accepte, faire une offre d’indemnité. Le silence ou le dépassement de ces délais joue en votre faveur : il vous autorise à engager les dépenses et à en demander le remboursement.
Beaucoup de particuliers ignorent qu’ils l’ont souscrite, parce qu’elle a été prise par le constructeur de maison individuelle ou glissée dans le financement du projet. Cherchez-la dans le dossier du chantier avant de partir sur une procédure longue.
Le contrôle qui évite tout ça
Trois minutes au moment du devis suffisent. Sur l’attestation, quatre éléments se vérifient :
- La période de validité : elle doit couvrir la date d’ouverture du chantier, pas seulement celle du devis.
- Les activités garanties : elles sont listées nommément. Comparez-les au contenu réel du devis.
- Le nom exact de l’entreprise et son SIREN : une attestation au nom d’une société voisine ne vous couvre pas.
- Le nom de l’assureur : c’est lui que vous appellerez pour confirmation. Un numéro de téléphone fourni par l’artisan lui-même ne remplace pas le standard de la compagnie.
Un artisan sérieux n’est jamais gêné par cette demande — elle lui est imposée par la loi. Un refus, une attestation illisible ou une promesse de l’envoyer « plus tard » sont des motifs suffisants pour ne pas signer. Les autres mentions à contrôler figurent dans notre guide sur les mentions obligatoires d’un devis de travaux.
Où s’adresser à Marseille
La plainte se dépose dans n’importe quel commissariat de la ville, quel que soit l’arrondissement où se trouve le chantier ; le service saisi transmet ensuite au parquet compétent. Le courrier au procureur, lui, s’adresse au tribunal judiciaire de Marseille, qui traite aussi bien le volet pénal que le contentieux civil de la construction pour l’ensemble du ressort.
Pour les litiges d’un montant modéré et lorsque le dialogue n’est pas totalement rompu, la conciliation devant un conciliateur de justice, gratuite, reste souvent plus rapide qu’une assignation — et elle est un préalable obligatoire pour certaines demandes. Nos recours en cas de malfaçon ou d’abandon de chantier décrivent l’enchaînement complet.
Un artisan a-t-il l’obligation de me remettre son attestation décennale ?
Oui. L’article L243-2 du Code des assurances impose à celui qui est soumis à l’obligation d’assurance de justifier qu’il y a satisfait, l’attestation devant accompagner devis et factures. Vous pouvez donc l’exiger avant toute signature.
Que risque concrètement une entreprise non assurée ?
L’article L243-3 prévoit six mois d’emprisonnement et 75 000 € d’amende, ou l’une de ces deux peines seulement. S’y ajoutent les conséquences civiles : elle reste tenue de réparer les dommages sur ses fonds propres.
La plainte pénale me fait-elle indemniser ?
Non, pas en elle-même. Elle sanctionne l’infraction. Pour obtenir réparation, il faut soit se constituer partie civile, soit engager une action civile distincte devant le tribunal judiciaire.
Je construis ma propre maison : suis-je concerné par cette sanction ?
Non. Le texte écarte expressément la personne physique qui fait construire un logement pour elle-même, son conjoint, ses ascendants ou descendants. L’obligation d’assurance dommages-ouvrage obéit, elle, à ses propres règles.
Dans quel délai faut-il agir ?
La garantie décennale couvre dix ans à compter de la réception des travaux. Côté pénal, le délit se prescrit par six ans. Le plus contraignant en pratique est la disparition des preuves et de l’entreprise, pas le délai légal.
Une attestation peut-elle être fausse ?
Cela arrive. Seule la confirmation écrite obtenue auprès de l’assureur, contacté par le standard de la compagnie et non par un numéro fourni par l’artisan, lève le doute.
Réclamez l’attestation avant de signer, appelez l’assureur pour la confirmer, et si le défaut est déjà constaté, lancez les deux procédures en parallèle sans attendre le sort de la première. Une plainte seule laisse la fissure là où elle est.
Code des assurances, article L243-3 (Légifrance), sanctions du défaut d’assurance construction, consulté le 17 septembre 2026.
