À Marseille, une tuile pour toiture se choisit rarement sur catalogue. Elle se choisit d’après le toit qu’on a déjà : sa pente, sa charpente, son quartier et la tuile d’origine, que le voisinage et le règlement d’urbanisme attendent souvent de retrouver. Avant de signer un devis de couverture, trois questions suffisent à trier : quelle famille de tuile, quelle pose, et quel couvreur pour la faire.
Canal, romane, plate : les trois familles des toits marseillais
La tuile canal, qu’on appelle aussi tuile ronde ou tige de botte, est la plus ancienne. C’est un demi-tronc de cône en terre cuite, de 30 à 50 cm de long. On la pose en deux couches : les tuiles de courant, creux vers le haut, forment des rigoles ; les tuiles de couvert, bombées, recouvrent les joints. Elle n’a aucun système d’accroche propre et se retient par des crochets, par du mortier ou par le poids. On la trouve sur les maisons de village des noyaux anciens, les bastides et les cabanons.
La tuile romane reprend l’aspect ondulé de la canal, mais en une seule pièce à emboîtement. Plus grande, plus légère au mètre carré, elle se pose plus vite et glisse moins. On la retrouve sur beaucoup de maisons construites depuis les années 1960 dans les quartiers pavillonnaires.
La tuile plate à emboîtement, dite « de Marseille », est une tuile mécanique à nervures, posée sur liteaux. Elle couvre une grande partie des immeubles et des villas de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Elle n’a rien à voir avec la petite tuile plate du Nord ou de Bourgogne, conçue pour des toits pentus et presque absente de la ville.
| Famille | Pose | Tuiles au m² | Pente habituelle | Où la voit-on à Marseille |
|---|---|---|---|---|
| Canal | Courant et couvert, crochets ou mortier | 20 à 30 selon le moule | 15 à 30 % | Noyaux villageois, bastides, génoises |
| Romane à emboîtement | Sur liteaux, une seule couche | 10 à 15 | Selon le modèle, souvent dès 25 % | Pavillons depuis les années 1960 |
| Plate à emboîtement « de Marseille » | Sur liteaux, emboîtement à nervures | 14 à 15 | Selon le modèle | Immeubles et villas 1860-1940 |
| Petite tuile plate | Trois épaisseurs, sur liteaux serrés | 65 à 75 | 45° et plus | Quasi absente |
Un point de poids, au sens propre : une couverture en tuiles à emboîtement pèse environ 38 kg/m², contre 65 kg/m² pour la petite tuile plate. Sur 100 m² de toit, l’écart dépasse 2,5 tonnes. Passer d’une famille à l’autre n’est donc jamais neutre pour la charpente.

D’où vient la « tuile de Marseille » ?
La tuile à emboîtement est née en Alsace : les frères Gilardoni en déposent le brevet le 25 mars 1841. Elle devient marseillaise quelques années plus tard, quand les tuileries Martin frères, installées à Séon-Saint-André, en acquièrent le modèle vers 1844 et la fabriquent à la vapeur. L’argile des « creux » de Saint-Henri et de Saint-André fait le reste. À Saint-Henri, on comptait 21 fabriques artisanales en 1805 ; en 1860, 150 tuileries et environ 800 ouvriers. Chargées sur les quais, les tuiles partent par bateau, jusqu’en Australie, et le nom « tuile de Marseille » leur reste.
Pour un propriétaire, cette histoire a une conséquence concrète. Les emboîtements varient d’un fabricant et d’une époque à l’autre : une tuile neuve d’un autre modèle ne s’emboîte pas dans un toit ancien. Pour remplacer quelques pièces cassées, le couvreur cherche donc des tuiles de réemploi du même modèle, ou refait un pan entier. Demandez-lui laquelle des deux solutions il chiffre, et pourquoi.
Sous l’avant-toit des maisons à tuiles canal, deux à quatre rangs de tuiles scellées au mortier forment une corniche qui éloigne l’eau de la façade. La technique, venue de Gênes, est décrite en Provence dès les années 1630. Une génoise fissurée se répare au mortier de chaux, pas au ciment.
Choisir la tuile selon son toit
Quatre critères décident, dans cet ordre.
- La pente. Une tuile canal accepte les pentes faibles des toits provençaux ; une tuile à emboîtement exige la pente minimale indiquée par son fabricant, qui augmente avec l’exposition au vent.
- La charpente. Remplacer une couverture légère par une plus lourde, ou ajouter un lit de mortier, se vérifie avant tout achat. Un charpentier ou un bureau d’études le calcule.
- L’urbanisme. Changer de type de tuile ou de teinte modifie l’aspect extérieur du bâtiment : c’est une déclaration préalable en mairie, instruite en un mois, en deux près d’un monument historique. Le plan local d’urbanisme intercommunal peut aussi imposer la tuile canal ou une teinte dans certains secteurs. Refaire à l’identique ne demande en général aucune formalité.
- La copropriété. La toiture est une partie commune : le choix de la tuile et le devis passent par un vote en assemblée générale.
Terre cuite ou béton ? Le béton existe dans les mêmes formes, souvent moins cher. Il est plus lourd et vieillit autrement ; en centre ancien, les règlements lui préfèrent souvent la terre cuite. Les tuiles anciennes et neuves peuvent se mélanger sur un même pan si leur modèle est compatible, mais la différence de teinte se voit pendant des années.

Ce qu’une pose dans les règles comporte
La pose des tuiles de terre cuite obéit à des normes : le NF DTU 40.21 pour les tuiles à emboîtement, complété par le 40.211 pour celles à pureau plat, le 40.22 pour la tuile canal, le 40.23 pour la tuile plate. Un devis sérieux cite le DTU applicable. Il détaille ensuite, poste par poste, ce que le couvreur va faire :
- la dépose de l’ancienne couverture et l’évacuation des gravats ;
- l’état et le remplacement éventuel des liteaux, voliges ou chevrons ;
- l’écran de sous-toiture, qui recueille l’eau passée sous les tuiles ;
- la ventilation de la sous-face, nécessaire sous la terre cuite ;
- la fixation des tuiles de rive, d’égout et de faîtage, et au-delà en site exposé au vent ;
- le faîtage, scellé au mortier ou posé à sec avec closoir ventilé ;
- la zinguerie : gouttières, noues, abergements de cheminée.
Sur un toit marseillais, la fixation mérite une ligne à part. Le mistral soulève les tuiles de rive et fait refluer l’eau sous les tuiles canal mal recouvertes. Demandez combien de tuiles seront fixées et comment : crochets, pannetons, vis ou mortier.
Pour la quantité, un calcul simple permet de contrôler le devis. Multipliez la surface de toit par le nombre de tuiles au m² du modèle, puis ajoutez 5 à 10 % pour les coupes et la casse. Pour 100 m² en tuile de Marseille, on attend autour de 1 500 à 1 650 tuiles ; en tuile canal, de 2 100 à 3 300 selon le moule. Un chiffre très au-dessus ou très en dessous mérite une explication. Le détail des lignes obligatoires figure dans notre fiche sur les mentions obligatoires d’un devis de travaux.

Entretenir une toiture exposée au mistral
La terre cuite vieillit bien ; ce sont les points singuliers qui lâchent les premiers. Un contrôle visuel par an, depuis le sol ou une fenêtre, et un autre après chaque épisode de vent fort ou d’orage permettent de repérer :
- une tuile déplacée, fêlée ou manquante, surtout en rive ;
- le mortier du faîtage fissuré ou tombé ;
- une gouttière encombrée d’aiguilles de pin ou de feuilles ;
- des mousses sur les versants nord, moins fréquentes qu’ailleurs mais présentes.
Le nettoyage au jet à haute pression abîme la surface de la tuile et chasse l’eau sous la couverture : un couvreur démousse à la brosse ou avec un produit, puis contrôle. Sur une toiture en tuiles canal, les couverts glissent avec le temps : le remaniement consiste à les repositionner, à changer les pièces cassées et à reprendre le mortier. C’est une prestation à part entière, qui doit apparaître comme telle sur le devis. Ne montez pas vous-même sur un toit de tuiles : elles cassent sous le pied, et une chute de toit est vite grave.
Comment choisir son couvreur à Marseille ?
Après un coup de mistral, les démarcheurs sonnent aux portes avec une tuile cassée « trouvée dans votre jardin ». Refusez toute intervention décidée sur le pas de la porte. Un couvreur se choisit sur pièces :
- un numéro SIRET actif et une activité de couverture déclarée : notre méthode pour vérifier un artisan à Marseille tient en cinq contrôles ;
- une attestation d’assurance décennale qui cite la couverture et couvre la date du chantier : une réfection de toiture en relève, comme l’explique notre page sur les garanties après travaux ;
- des références de toits comparables, en tuile canal ou en tuile de Marseille, à aller voir ;
- un devis détaillé, avec le DTU, les quantités et la référence exacte de la tuile, fabricant et modèle.
Côté fiscalité, la réfection d’une toiture de logement achevé depuis plus de deux ans se facture à 10 % de TVA, à 5,5 % si elle s’accompagne d’une isolation performante : les conditions sont détaillées dans notre article sur la TVA des travaux à Marseille. Pour une isolation de toiture aidée, le couvreur doit en plus être qualifié RGE. Enfin, un acompte modéré se verse à la commande, jamais la totalité : si le chantier ne démarre pas, les recours en cas d’acompte encaissé existent, mais ils prennent des semaines.
Quelle est la meilleure tuile pour une toiture à Marseille ?
Celle qui correspond à votre toit : la tuile canal sur les pentes faibles des maisons anciennes, la tuile à emboîtement d’origine sur les immeubles et villas, la romane sur les pavillons récents. Changer de famille implique de vérifier la charpente et de déposer une déclaration préalable.
Combien de tuiles faut-il au mètre carré ?
De 10 à 15 pour une tuile romane ou une tuile de Marseille, de 20 à 30 pour une tuile canal selon le moule, 65 à 75 pour une petite tuile plate. On ajoute 5 à 10 % pour les coupes et la casse.
Quelle pente pour une tuile canal ?
Les toits en tuile canal sont généralement peu inclinés, de 15 à 30 %. La pente minimale exacte dépend de la longueur du rampant, de l’exposition au vent et de la présence d’un écran de sous-toiture ; le DTU 40.22 la fixe.
Faut-il une autorisation pour changer ses tuiles ?
Non pour une réfection à l’identique, en règle générale. Oui si vous changez de type de tuile ou de teinte : c’est une déclaration préalable, avec un délai d’instruction d’un mois, porté à deux mois aux abords d’un monument historique.
Tuile en terre cuite ou en béton ?
La terre cuite garde sa teinte et reste la référence du bâti marseillais ancien. Le béton, souvent moins cher, est plus lourd et se patine différemment ; dans les secteurs protégés, les règlements l’écartent souvent.
Avant de demander des devis, relevez la famille de tuile en place, mesurez ou faites mesurer la surface du toit, et consultez le règlement d’urbanisme de votre parcelle. Demandez ensuite deux ou trois devis qui citent le même DTU et le même modèle de tuile : c’est la seule façon de les comparer ligne à ligne.
Service-Public.fr, déclaration préalable de travaux : quand et comment la déposer, consulté le 30 septembre 2026.
